Module 0.2

0.2.4 Augmentez vos connaissances !

Le reporter radio

Par Jacques Larue-Langlois

Le reportage est le travail du journaliste itinérant. Il implique en principe une sortie à l'extérieur du poste de radio ou de télévision. Par définition même, le reportage rapporte ce qui se passe et ce qui s'est passé. On y montre un événement, une situation, on y constate des faits, que l'on diffuse.

Source : www.co.somerset.nj.us

Un journaliste qui se déplace

La couverture d'un fait divers, d'un incendie par exemple, constitue un reportage typique; tout comme celle d'une conférence de presse d'où on rapportera les propos du porte-parole officiel, enchâssés dans l'ambiance de l'événement. Cela implique qu'on est sorti des studios, qu'on est allé voir, chercher la nouvelle. La description d'un match sportif est aussi un reportage, depuis les lieux mêmes de l'événement, d'où on décrit ce qui se passe, on montre, on raconte.

Le reporter est donc le journaliste qui se déplace. Sa tâche consiste essentiellement à décrire ce qu'il voit, ce qu'il entend. Il doit s'en tenir aux faits, à ce que ses sens ont perçu. Pas de place ici pour l'interprétation ou le commentaire: c'est à toutes fins pratiques interdit, quoiqu'il soit de bon aloi de mettre en contexte les faits rapportés, de les situer par rapport à d'autres événements dont ils peuvent dépendre ou sur lesquels ils peuvent avoir une influence.

Évidemment, le reportage ne se limite pas à la nouvelle brute. On peut imaginer des reportages qui porteraient sur un voyage dans le Grand Nord, sur le fonctionnement des Centres locaux de services communautaires (CLSC) ou sur les coulisses du Festival de la chanson de Granby. Il n'y a pas de limite aux types de sujets qu'aborde le reportage. Tout dépend du genre de l'émission dans laquelle il est diffusé.

Même le reporter affecté aux bulletins d'information devra parfois produire des reportages sur des sujets qui ne sont pas directement reliés à l'actualité immédiate et pressante, histoire peut-être de terminer un bulletin sur une note plus légère ou de meubler les radiojournaux de fin de semaine, alors que l'actualité est moins fébrile. En général, cependant, le reporter radio couvrira l'actualité quotidienne et, par conséquent, sera continuellement pressé de mettre son reportage au point (montage, textes du lecteur et de liaison), pour permettre à la radio de jouer correctement son rôle d'informatrice la plus efficace. Il lui arrivera de devoir couvrir deux et parfois trois événements différents au cours d'une même journée de travail.

Des fois, ça presse

Selon l'urgence de diffuser l'information et le temps dont il dispose, le reporter radio peut recourir à des techniques diverses. Pour les cas d'extrême importance, il communiquera avec sa salle de nouvelles grâce à l'appareil téléphonique le plus près. Dans une occasion semblable, il peut soit intervenir directement à l'antenne en dialoguant avec la personne qui est au micro à ce moment-là, soit dicter une ou deux phrases d'attaque, qui seront lues par le présentateur de nouvelles du bulletin suivant, puis enregistrer ce qu'il est convenu d'appeler un « topo ».

Le topo, qu'il soit fait au téléphone ou enregistré plus tard en studio, est un reportage qui se situe à l'intérieur d'une nouvelle. Il donne à l'auditeur une impression de direct, de présence à l'événement rapporté. Il confère un aspect nouveau ou différent à la nouvelle, ne serait-ce qu'en transmettant une ambiance sonore vivante, tranchant sur le son feutré du studio. C'est un bris dans le discours du lecteur de nouvelles et donc un événement positif en radio, un atout pour accrocher, pour séduire: tout élément nouveau entendu en ondes est intéressant.

C'est le temps de parler à l'auditeur

Le ton du topo s'accorde nécessairement avec le sujet traité et s'harmonise à l'atmosphère de la situation. Les changements d'arrière-plan sonore et de ton du discours doivent être audibles. C'est une voix nouvelle qui s'introduit à l'antenne, deux éléments qu'on oppose et qui doivent différer l'un de l'autre par le ton et par l'ambiance. Grâce au topo, l'auditeur sort enfin de la monotonie du bulletin de nouvelles lu. Il veut qu'on lui parle, qu'on converse avec lui : c'est le temps plus que jamais, pour le reporter, d'adopter le ton improvisé. Plus que n'importe où ailleurs en radio, voici le temps d'écrire pour parler et non pas pour lire.

Le témoin sur place qu'est alors le reporter – personnifiant en quelque sorte par procuration tous les citoyens auxquels il rapporte la nouvelle – doit permettre à l'auditeur de pénétrer dans l'événement en lui communiquant ce qui se passe réellement. Peu de reporters professionnels en fonction dans nos plus prestigieuses stations de radio ou de télévision du Québec parviennent à communiquer sur le ton factuel de la communication, comme un ami qui raconterait quelque chose. Plusieurs lisent maladroitement un texte rédigé en langue écrite qu'ils font chanter en déplaçant l'accent tonique dans la phrase et en en modulant le rythme en des fins de phrases tombantes. Une telle lecture est souvent d'un mortel ennui, malgré, parfois, l'intérêt du sujet.

Mais attention! Il faut être bref, aller droit au but : en tant que reporter, vous disposez, au maximum, d'une minute et très souvent moins. Vous lancez une conversation, mais une conversation dans laquelle le poids de chaque mot est important: ce que vous avez à transmettre est peut-être complexe (les situations de nouvelles le sont souvent) et vous ne disposez que de 100 à 180 mots. D'où l'importance de les choisir avec minutie, de vous assurer de leur efficacité à communiquer l'information.

La plupart du temps, le reporter radio regagnera sa salle de nouvelles afin d'y préparer son topo. Se souvenant qu'en radio le temps presse toujours, il profitera des minutes de transport, en commun ou autres, pour écouter les éléments enregistrés dont il dispose et subséquemment élaborer, dans sa tête, son plan de reportage.

Arrivé à la station, il s'empressera de monter les extraits du matériel sonore qu'il a recueilli: déclarations officielles, extraits d'interviews personnels, ambiance sonore, etc. C'est autour de ces éléments sonores qu'il construit ensuite son reportage, rédigeant le texte du lecteur de nouvelles et insérant au montage ses propres interventions, le tout dans le respect le plus rigoureux (à la seconde près) du temps d'antenne dont il dispose. Chaque portion individuelle du reportage doit d'abord être minutée avec précision afin de s'assurer que le tout couvre exactement le temps alloué.


Source : LARUE-LANGLOIS, Jacques. 1989 Manuel de journalisme radio-télé, ch. 8, p. 103 à 105.