Le reportage est le travail du journaliste itinérant. Il
implique en principe une sortie à l'extérieur du poste de radio
ou de télévision. Par définition même, le reportage
rapporte ce qui se passe et ce qui s'est passé. On y montre un événement,
une situation, on y constate des faits, que l'on diffuse.
Source : www.co.somerset.nj.us
Un journaliste qui se déplace
La couverture d'un fait divers, d'un incendie par exemple, constitue
un reportage typique; tout comme celle d'une conférence de presse d'où
on rapportera les propos du porte-parole officiel, enchâssés dans
l'ambiance de l'événement. Cela implique qu'on est sorti des studios,
qu'on est allé voir, chercher la nouvelle. La description d'un match
sportif est aussi un reportage, depuis les lieux mêmes de l'événement,
d'où on décrit ce qui se passe, on montre, on raconte.
Le reporter est donc le journaliste qui se déplace. Sa tâche
consiste essentiellement à décrire ce qu'il voit, ce qu'il entend.
Il doit s'en tenir aux faits, à ce que ses sens ont perçu. Pas
de place ici pour l'interprétation ou le commentaire: c'est à
toutes fins pratiques interdit, quoiqu'il soit de bon aloi de mettre en contexte
les faits rapportés, de les situer par rapport à d'autres événements
dont ils peuvent dépendre ou sur lesquels ils peuvent avoir une influence.
Évidemment, le reportage ne se limite pas à la nouvelle
brute. On peut imaginer des reportages qui porteraient sur un voyage dans le
Grand Nord, sur le fonctionnement des Centres locaux de services communautaires
(CLSC) ou sur les coulisses du Festival de la chanson de Granby. Il n'y a pas
de limite aux types de sujets qu'aborde le reportage. Tout dépend du
genre de l'émission dans laquelle il est diffusé.
Même le reporter affecté aux bulletins d'information
devra parfois produire des reportages sur des sujets qui ne sont pas directement
reliés à l'actualité immédiate et pressante, histoire
peut-être de terminer un bulletin sur une note plus légère
ou de meubler les radiojournaux de fin de semaine, alors que l'actualité
est moins fébrile. En général, cependant, le reporter radio
couvrira l'actualité quotidienne et, par conséquent, sera continuellement
pressé de mettre son reportage au point (montage, textes du lecteur et
de liaison), pour permettre à la radio de jouer correctement son rôle
d'informatrice la plus efficace. Il lui arrivera de devoir couvrir deux et parfois
trois événements différents au cours d'une même journée
de travail.
Des fois, ça presse
Selon l'urgence de diffuser l'information et le temps dont il dispose,
le reporter radio peut recourir à des techniques diverses. Pour les cas
d'extrême importance, il communiquera avec sa salle de nouvelles grâce
à l'appareil téléphonique le plus près. Dans une
occasion semblable, il peut soit intervenir directement à l'antenne en
dialoguant avec la personne qui est au micro à ce moment-là, soit
dicter une ou deux phrases d'attaque, qui seront lues par le présentateur
de nouvelles du bulletin suivant, puis enregistrer ce qu'il est convenu d'appeler
un « topo ».
Le topo, qu'il soit fait au téléphone ou enregistré
plus tard en studio, est un reportage qui se situe à l'intérieur
d'une nouvelle. Il donne à l'auditeur une impression de direct, de présence
à l'événement rapporté. Il confère un aspect
nouveau ou différent à la nouvelle, ne serait-ce qu'en transmettant
une ambiance sonore vivante, tranchant sur le son feutré du studio. C'est
un bris dans le discours du lecteur de nouvelles et donc un événement
positif en radio, un atout pour accrocher, pour séduire: tout élément
nouveau entendu en ondes est intéressant.
C'est le temps de parler à l'auditeur
Le ton du topo s'accorde nécessairement avec le sujet traité
et s'harmonise à l'atmosphère de la situation. Les changements
d'arrière-plan sonore et de ton du discours doivent être audibles.
C'est une voix nouvelle qui s'introduit à l'antenne, deux éléments
qu'on oppose et qui doivent différer l'un de l'autre par le ton et par
l'ambiance. Grâce au topo, l'auditeur sort enfin de la monotonie du bulletin
de nouvelles lu. Il veut qu'on lui parle, qu'on converse avec lui : c'est le
temps plus que jamais, pour le reporter, d'adopter le ton improvisé.
Plus que n'importe où ailleurs en radio, voici le temps d'écrire
pour parler et non pas pour lire.
Le témoin sur place qu'est alors le reporter personnifiant
en quelque sorte par procuration tous les citoyens auxquels il rapporte la nouvelle
doit permettre à l'auditeur de pénétrer dans l'événement
en lui communiquant ce qui se passe réellement. Peu de reporters professionnels
en fonction dans nos plus prestigieuses stations de radio ou de télévision
du Québec parviennent à communiquer sur le ton factuel de la communication,
comme un ami qui raconterait quelque chose. Plusieurs lisent maladroitement
un texte rédigé en langue écrite qu'ils font chanter en
déplaçant l'accent tonique dans la phrase et en en modulant le
rythme en des fins de phrases tombantes. Une telle lecture est souvent d'un
mortel ennui, malgré, parfois, l'intérêt du sujet.
Mais attention! Il faut être bref, aller droit au but : en
tant que reporter, vous disposez, au maximum, d'une minute et très souvent
moins. Vous lancez une conversation, mais une conversation dans laquelle le
poids de chaque mot est important: ce que vous avez à transmettre est
peut-être complexe (les situations de nouvelles le sont souvent) et vous
ne disposez que de 100 à 180 mots. D'où l'importance de les choisir
avec minutie, de vous assurer de leur efficacité à communiquer
l'information.
La plupart du temps, le reporter radio regagnera sa salle de nouvelles
afin d'y préparer son topo. Se souvenant qu'en radio le temps presse
toujours, il profitera des minutes de transport, en commun ou autres, pour écouter
les éléments enregistrés dont il dispose et subséquemment
élaborer, dans sa tête, son plan de reportage.
Arrivé à la station, il s'empressera de monter les
extraits du matériel sonore qu'il a recueilli: déclarations officielles,
extraits d'interviews personnels, ambiance sonore, etc. C'est autour de ces
éléments sonores qu'il construit ensuite son reportage, rédigeant
le texte du lecteur de nouvelles et insérant au montage ses propres interventions,
le tout dans le respect le plus rigoureux (à la seconde près)
du temps d'antenne dont il dispose. Chaque portion individuelle du reportage
doit d'abord être minutée avec précision afin de s'assurer
que le tout couvre exactement le temps alloué.
Source : LARUE-LANGLOIS, Jacques. 1989 Manuel de journalisme
radio-télé, ch. 8, p. 103 à 105.