Module 0.2

0.2.4 Augmentez vos connaissances !

Aux origines du journalisme, le reportage

Par Denis Ruellan

Dans les manuels de journalisme et les livres de vulgarisation du métier, au travers des romans et des films, le reportage apparaît toujours comme le genre roi du journalisme, avec un piédestal particulier pour le grand reportage. Trop souvent victimes d'une complaisance bon enfant pour eux mêmes, les journalistes ne détestent pas prendre dans le sens du poil l'incorrigible sens commun qui associe à l'image du reporter les vertus les plus rares: « Tintin, Rouletabille, plus encore qu'Albert Londres ou Lucien Bodard, ont popularisé le personnage du journaliste. Autant dire du reporter. Car c'est ainsi: l'image du journaliste, c'est d'abord celle de l'intrépide reporter qui, au péril de sa vie, traque la vérité (1). »

Des centaines d'ouvrages autobiographiques de journalistes racontent les menus exploits d'une profession mythifiée pour ses parfums d'exotisme et d'aventure, qui connut bien des évolutions mais conserva un rare prestige. L'un d'entre eux, Jean-Claude Guillebaud, s'est amusé à un portrait mi acide, mi chaleureux du grand reporter version années 50:

« Le grand reporter dans sa dernière incarnation - celle d'après guerre - participait d'un fantasme de voyage encore inassouvi et d'un casting bien précis à trois personnages: l'ethnologue, l'hôtesse de l'air et lui (oublions le lieutenant de spahis et le père blanc, déjà passés de mode au milieu des fifties). »

« Le grand reporter, alors, montait nonchalamment dans des quadrimoteurs Super Constellation, buvait du bourbon comme Simon Templar et accédait quand il le voulait à ce lieu fabuleusement chargé d'érotisme: la chambre d'une hôtesse d'Air France dans un Hilton des antipodes. Accessoirement, il couvrait la guerre de Corée et sautait sur Diên Biên Phû. » (L'Événement du Jeudi, 7 novembre 1985.)

Genre roi, le reportage ne l'est pas seulement dans l'imaginaire collectif. Depuis plus d'un siècle - depuis l'émergence de la grande presse populaire -, il constitue la base même du journalisme moderne qui s'oppose à une ancienne conception statique et dépendante de l'exercice du métier. Le reporter, « l'œil et l'oreille, mais aussi le nez, la bouche ou la main du lecteur (2)  ».

Modèle séculaire, le reportage est l'incarnation d'un journalisme curieux et présent sur le terrain des événements, au plus près des sources les plus diverses. Nul ne saurait mettre en cause cet élément historique: le développement du reportage marque une phase importante de l'évolution de la presse.

Pourtant, il nous semble qu'au mythe d'origine populaire est venu s'ajouter un mythe historique de provenance plus scientifique lourd de conséquences pour l'étude du champ. En effet, l'histoire du reportage a ses courants, et les interprétations qui sont faites aujourd'hui de ses origines et de ses évolutions déterminent des camps idéologiques très marqués.

Ainsi, l'école libérale, qu'incarne, en France, Francis Balle, a coutume de reconnaître au journalisme états-unien l'antériorité de la définition du champ et de la pratique du « nouveau journalisme  », le reportage, qui s'impose dans la presse française au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle: « Le nouveau journalisme excelle sous la forme du reportage, inauguré entre 1861 et 1865 (aux États-Unis): ses héros souvent anonymes sont les reporters d'une guerre [de Sécession] pendant laquelle la diffusion totale des journaux a plus que doublé (3). »

Selon cet auteur, l'invention plut sur le vieux continent et permit à la presse européenne de passer de l'ère de la conversation mondaine imprimée à celle de l'information privilégiant les faits. Les nouvellistes prenaient leur revanche sur les chroniqueurs. Le décisif dans cette évolution, affirme Francis Balle, c'est l'introduction d'une méthode de collecte et de présentation des informations, une dissociation des faits et commentaires et le principe d'indépendance par rapport aux sources, bref pour la première fois un véritable souci de professionnalisme: « Avec son savoir faire et sa déontologie, le reporter est ainsi devenu le modèle dominant du journalisme, son alibi et son excellence. Il relègue Renaudot et Girardin dans la préhistoire du journalisme, en même temps qu'il transfigure celui-ci en institution  ».

L'invention plut mais elle mit plus de temps à envahir la presse européenne que son homologue états-unienne et l'innovation ne fut jamais totalement intégrée dans les pratiques continentales : « (...) parce que l'Europe continentale a toujours refusé d'admettre que les procédures techniques du reportage étaient codifiables, dans la mesure et jusqu'au point où l'Amérique les a codifiées.  »

F. Balle fait référence notamment au paradigme des cinq W : who, what, when, where, why, et au procédé de la pyramide inversée, techniques de rationalisation de l'information qui se sont propagées, à travers les services d'agences d'information, à l'ensemble de la presse écrite et audiovisuelle.

Ce refus de se plier au dogme venu d'outre Atlantique est, selon Balle, à l'origine d'une différence fondamentale entre les journalismes européens et étatsuniens : « Le journalisme américain incline naturellement vers la représentation de la réalité. (...) Et son homologue européen est davantage attiré par l'interprétation des événements qui adviennent. » C'est là le débat académique entre l'objectivité et la subjectivité.

Bien que très couramment admise, en particulier dans les milieux journalistiques, la conception libérale de l'émergence spontanée d'un journalisme moderne aux États-Unis d'Amérique et de la dépendance française à l'égard des techniques américaines du reportage nous paraît insuffisante, pour trois raisons.

En premier lieu, il s'agit d'une conception très imprégnée du fonctionnalisme sociologique: on ne dit pas pourquoi un jour les pratiques professionnelles changent (aux États-Unis comme en Europe), on se borne à constater leur évolution et à remarquer qu'il s'agit d'une amélioration, à laquelle participent les professionnels bien entendu, conformément à la vision idéale d'un corps social sans contradiction. Or ce point de vue a été remis en question aux États-Unis même: entre autres chercheurs états-uniens, citons Dan Schiller qui a, par une approche historique, démontré comment les concepts d'objectivité et de professionnalisme qui accompagnaient l'introduction de normes techniques dans les pratiques journalistiques ont servi à légitimer la presse commerciale dans le rôle de protectrice de l'intérêt public (public good), dès 1840 environ: «  Explicit codification of the techniques of journalistic objectivity followed, as the newspaper sought to maintain its apparent independence from commerce on one side and, on the other, from the selfinterested interpretations of events proferred by its sources. The equation of professionalism in journalism with the practice of objective news reporting thus gratified the occupation while simultaneously serving the encompassing need of commercial journalism to legitimate its major institutional role as the selfannounced protector of the public good (4). »

D'autre part, la conception libérale n'envisage pas une spécificité culturelle de la presse française qui aurait conduit celle-ci à établir des méthodes et des pratiques du reportage originales et non moins pertinentes. Elle semble ne pas accorder à la presse le principe courant selon lequel l'apparition au premier plan d'une nouvelle pratique sociale est le résultat d'un processus sédimentaire, enrichi non seulement par le temps mais aussi par des apports variés qui, plus tard, quand la pratique sera devenue habitude, quand le champ aura déterminé ses limites propres, paraîtront très étrangères.

Enfin, la thèse libérale n'analyse le phénomène de l'introduction des pratiques du reportage que dans le cadre d'un processus global de rationalisation technique de l'information. Ce faisant, elle réduit le reportage à sa dimension agencière, c'est-à-dire à un processus défini en fonction de critères d'efficacité commerciale et de contraintes technologiques par les agences d'information. Or, si cette évidence historique et contemporaine ne saurait être mise en cause, elle ne permet pas de prendre en compte toutes les pratiques de reportage, notamment les plus littéraires. Si l'on ne considère pas ces dernières pratiques comme déviantes (ce que la thérapeutique fonctionnaliste serait bien capable de faire), dans quel cadre théorique analyser les formes de reportages qui se sont développées depuis un siècle dans la presse française (de Jules Huret à Lucien Bodard en passant par Joseph Kessel, pour ne pas citer le symbole du journalisme hexagonal Albert Londres) et dans les médias d'outre Atlantique (Jack London, Ernest Hemingway, les enfants terribles du néo journalisme...)?

L'empreinte du XIXe siècle

Avant tout, une définition générique. Le terme de reportage connut une pluralité de sens, et aujourd'hui encore il désigne des actes et des écritures journalistiques très diverses. Pour notre part, quand nous ne donnerons pas explicitement d'autres définitions, reportage signifiera: produit d'une démarche active de recherche et de divulgation d'informations réalisé par un individu placé en position (même provisoire) de témoin; reportage est donc à la fois une action et son résultat, être en reportage aboutit au produit. C'est une enquête, et une écriture. Une démarche à deux pôles, et en deux espaces temps: un amont et un aval.

Selon les termes de cette définition -assez vague pour être admise par tous-, vouloir dater une naissance du reportage peut-il avoir un sens? Non, affirme Bernard Voyenne qui fait remonter avant la presse l'invention du genre: « Quand est né ce genre journalistique par excellence que l'on appelle le reportage (...)? Bien avant les journaux, évidemment, tant il est vrai qu'aucune information n'existe si elle n'est pas rapportée. Les observateurs - professionnels ou non, mais qualifiés - ont toujours existé (5). »

Certes la presse française d'avant 1860 (environ) n'identifiait pas à part le reportage et ses artisans, les reporters. Le mot reporter fut, semble-t-il, introduit par Stendhal en 1829, et la fonction apparaît en 1866 dans les nouveaux journaux de Villemessant et de Girardin, Le Figaro et La Liberté. Mais le reportage existait bien avant qu'on le désigne spécifiquement et qu'on lui détermine une place particulière dans les genres journalistiques et dans les rédactions. Petit reportage qui consistait seulement à rapporter des faits bruts (les informateurs attachés aux commerçants de la voie rhénane à la fin du Moyen Age, les nouvellistes à la main qui alimentaient les gazettes du XVIIe siècle...); ou grand reportage, perception d'ensemble d'une réalité sociale: bien qu'ils ne fussent pas publiés dans la presse en raison principalement de la censure politique, les descriptions de leurs contemporains faites par Mme de Sévigné dans ses lettres (1626 1696), Montesquieu et ses Lettres persanes (1689-1755) ou encore Restif de La Bretonne dans ses tableaux de famille ou ses Nuits de Paris (1735 1806) sont d'authentiques reportages. Et nous n'en appelons pas, comme d'aucuns, à Jules César et sa guerre des Gaules, ou encore à Grégoire de Tours et sa chronique des Mérovingiens.

Les toute premières formes de presse se sont bâties avec une pratique du reportage - même marginale -, comme le rappelle Raymond Manevy (6): les nouvellistes à la main étaient les ancêtres des reporters modernes; ils parcouraient les villes, se faufilaient dans les salons, se réunissaient dans les tavernes pour échanger des informations, inventaient des nouvelles quand ils n'en n'avaient pas à vendre aux directeurs de journaux qui les payaient fort mal et ne faisaient rien pour hausser leur réputation exécrable. Le plus souvent aux alentours des lieux de pouvoir (la noblesse, l'Église, les commerçants), ils étaient tout à la fois appréciés pour les services rendus et méprisés pour leur travail que l'on comparait à de la prostitution. Un observateur en 1785: « À Paris, on traite absolument comme des filles de joie ces écrivains qui font les nouvelles. On les tolère et de temps à autre, on en envoie une colonie dans les prisons. »

Ce qui bâtit une pratique du reportage, c'est l'ambition - plus ou mois forte et partagée selon les époques, il est vrai - de décrire les réalités sociales du moment, de parler des événements, majeurs ou non. Cette volonté supposait non seulement des informateurs - les nouvellistes -, mais aussi une réflexion sur l'attitude de celui qui recherchait les histoires réelles à imprimer, sur la nature des informations et sur la manière de les présenter. Dès les origines du journal, on s'interrogeait: devait-on les livrer brutes et sèches, ou au contraire les commenter, les « éclairer  », se demandait Théophraste Renaudot qui, dans la préface de sa Gazette en 1631, distinguait déjà les manières variées de présenter une information: « Les capitaines y (dans la Gazette) voudraient rencontrer tous les jours des batailles ou des villes prises; les plaideurs des arrêts; les personnes dévotieuses y cherchent des noms de prédicateurs, des confesseurs de remarque; ceux qui n'entendent rien aux mystères de la Cour les y voudraient trouver en grosses lettres. [...] Il s'en trouve qui ne prisent qu'un langage fleuri, d'autres qui veulent que mes relations ressemblent à un squelette décharné, de sorte que la relation en sort toute nue. »

Un nouvelliste au XVIIe siècle
Source : www.indiana.edu

Et les débats sur le rôle de la critique littéraire - dès le XVIIe - soulignaient des conceptions déjà très opposées de la fonction journalistique, entre le simple exposé des faits et leur commentaire: « Le devoir du nouvelliste est de dire: il y a tel livre qui court. (...) Sa folie est d'en vouloir faire la critique  », affirmait La Bruyère. « Un nouvelliste du Parnasse ne doit pas être un gazetier; il doit penser, juger et raisonner », croyait au contraire l'abbé Desfontaines en 1723. L'Encyclopédie de Diderot, dans l'article consacré à la gazette rédigé par Voltaire (volume 7 paru en 1757) déclarait: « (...) les premiers journaux ne furent en effet que de simples annonces de livres nouveaux imprimés en Europe; bientôt après on y joignit une critique raisonnée. Elle déplut à certains auteurs, toute modérée qu'elle soit. » Dans l'article consacré au journaliste (volume 8 paru en 1765), l'Encyclopédie préconisait: « qu'il ait un jugement solide et profond de la logique, du goût, de la sagacité, une grande habitude de la critique ».

De même, l'indépendance du journaliste par rapport aux sources (du pouvoir politique en particulier) était, de tout temps, une préoccupation, même au plus fort de l'âge polémiste de la presse. Des journalistes la revendiquaient et la définissaient : « En un mot, Camille Desmoulins, voulez-vous être utile avec votre talent ? Étudiez et méditez. Voulez-vous être indépendant ? Dînez chez vous et ne dînez jamais chez les chefs de parti ou les gens en place. Voulez-vous toujours les juger sainement et sûrement ? Jugez-les par les faits et leurs opinions, et jamais par des historiettes et des suppositions. » (Lettre ouverte de Jacques Pierre Brissot à Camille Desmoulins, 1791.)

On pourrait citer quantités de contre-exemples à cette vision par trop manichéenne - et simpliste - qui prétend tracer une rupture historique entre deux époques de la presse: celle d'un avant l'invention nord-américaine où la dissociation des faits et commentaires était inexistante et l'indépendance par rapport aux sources une vue de l'esprit, et celle d'un après sanctifié par des techniques salvatrices.

Une simple connaissance des principes généraux de la rhétorique codifiée par les intellectuels latins vient mettre à bas toute considération sur l'inventivité du journalisme d'outre Atlantique; F. Balle explique doctement: « Ce sont les défectuosités diverses du télégraphe, en même temps que le coût de son utilisation, qui apporteront ses premières règles au journalisme américain. [...] Les premières recommandations aux journalistes américains sont nées des hasards de l'histoire ou des nécessités de la technique: le procédé de la pyramide inversée, qui impose la synthèse avant la présentation des détails; le respect des cinq interrogations de l'amorce, les cinq W - who, what, when, where, why -[...]enfin la recommandation d'un style à la fois dépouillé et impersonnel (7). »

Considérables inventions: les rhéteurs latins conseillaient déjà à leurs élèves de s'en tenir, par souci de pragmatisme et d'efficacité qui caractérisaient la culture romaine, à une exposition claire et structurée, à un style précis et à l'identification rigoureuse de l'auteur d'un énoncé factuel et de sa position (autrement dit la source). P. Breton et S. Proulx estiment même que ce pragmatisme donna naissance à la notion d'information, « c'est-à-dire d'une connaissance que l'on peut élaborer, argumenter, et surtout d'une connaissance transmissible (8).  »

Quant à la fameuse règle des cinq W, on a coutume de considérer qu'elle fut établie par le rhéteur du premier siècle chrétien Quintilien (9), redécouverte par la Renaissance européenne au XVIe siècle, avant d'être baptisée invention américaine au XlXe.

Malgré tout, il est évident que le reportage ne devint un modèle journalistique majeur et reconnu qu'à une époque précise - la seconde moitié du XIXe - dans des circonstances tout aussi définies: « Un changement capital, on peut dire une coupure, est apparu, qui sera irréversible. C'est la substitution des faits aux mots. Non, certes, que les journaux n'aient contenu dès l'origine des nouvelles et que la révélation de l'inédit ne fût déjà leur première raison d'être. Seulement ces informations étaient encore trop peu nombreuses, les moyens de les obtenir trop lents et indirects, la liberté de les dire trop limitée, pour que cette vocation ait pu s'épanouir (10).  »

Le modèle journalistique du reportage ne naquit pas au hasard d'un conflit. Tout au plus la guerre civile américaine fut un événement qui lui permit de s'affirmer, les premiers reporters de guerre ayant d'ailleurs opéré pendant la guerre de Crimée, entre 1854 et 1865 (11).

Le reportage appartient tout à son siècle, le XIXe. Un siècle qui vit l'essor de la grande presse, son industrialisation. Un siècle où, pour la première fois, la collecte des informations devint une activité économique rentable permettant de mettre en place des structures fiables et de salarier des reporters. Un siècle enfin où le contrôle du pouvoir politique sur la presse allait s'amenuisant.

La naissance de l'agence d'information de Charles Louis Havas en 1835 et de ses concurrentes accrut considérablement la disponibilité d'informations pour les journaux qui jusqu'ici utilisaient des réseaux limités de collecte. L'usage du télégraphe fut décisif dans l'accomplissement de ces nouvelles pratiques. Avec la mise en place des premières agences et de leurs modes de production (information brève et standardisée), ce fut à la construction du journalisme fondé sur le reportage que l'on assista (12).

Parce qu'enfin elle disposait d'événements abondants à imprimer, la presse put s'ouvrir à un lectorat vierge - populaire - exclu jusqu'ici de la lecture de la presse en raison du coût de celle-ci et du contenu mondain ou polémiste qui ne pouvait ravir que les élites averties. De nouvelles techniques d'impression et l'introduction de la publicité permirent d'abaisser les prix de vente unitaire.

L'ouverture politique qui suivit la chute du Second Empire en France en 1870 autorisa l'extension des pratiques du reportage au journalisme politique. La liberté de la presse consacrée par la loi de 1881 permit, pour la première fois, aux journalistes de sourcer librement les propos qu'ils reproduisaient. Les rapports entre les sources et les reporters s'en trouvaient clarifiés, le travail des seconds n'étant plus de pêcher à l'aveugle des propos sans origine, mais de plus en plus de restituer des déclarations émises par des personnages identifiés. La pratique de l'interview se généralisa.

C'est donc l'évolution de l'environnement économique, social, culturel et politique (13) qui propulsa sur le devant de la scène journalistique un genre qui avait toujours existé mais ne pouvait s'exprimer pleinement: « Longtemps, on a cru que les reporters étaient les derniers des hommes. J'ai souvenance qu'un fougueux publiciste, comme on appelle les journalistes de l'ancien jeu, se refusait obstinément à faire le récit d'une fête officielle dans son journal, en déclarant qu'il était écrivain dogmatique et non « reporter crotté (14).  »

F. Balle instruit donc un curieux procès quand il reproche au journalisme européen ne n'avoir pas su adopter les méthodes étatsuniennes et s'écarter de la voie polémiste: «  Jusqu'aux premières grandes manœuvres de la télévision, au tournant des années 60, le journalisme européen est resté marqué par une attirance invincible pour la chronique définie comme étant cet exercice personnel d'un spectateur engagé, consacré pour l'honnêteté et la pertinence de ses interprétations, face à des événements ou des accomplissements dont la signification est présumée enfouie sous les apparences. Jamais, semble-t-il, les circonstances n'ont permis au reportage de s'imposer vraiment, au détriment du compte rendu officiel ou du commentaire partisan. »

Ce procès n'est pas juste, car il s'appuie sur des données fausses. Ni Renaudot, ni de Girardin, que Balle renvoie à la «  préhistoire du journalisme » à laquelle des conceptions étrangères seraient venues mettre un terme, ne méritent cette mauvaise querelle. Émile de Girardin fut d'ailleurs un des premiers à introduire des rubriques strictement informatives dans La Liberté et la fonction de reporter au sein des rédactions. On lui en fit assez le reproche: « Personne n'a plus que lui contribué à rabaisser le journalisme contemporain, et je ne vois pas sans tristesse où est tombée la feuille qu'il dirige. Ce n'est qu'un amas informe, indigeste, de petits faits qui tombent les uns par dessus les autres, sans qu'aucun ferment d'idées mette en jeu et fasse lever cette pâte », écrivait Francisque Sarcey dans L'Opinion nationale en 1866.

S'il est établi que certaines méthodes spécifiques du reportage sont venues d'outre Atlantique - l'interview en particulier apparut pour la première fois en 1836 dans le New York Herald -, le terrain où elles s'épanouirent était déjà largement défriché. À propos des nouvelles pratiques de la presse française à la fin du XIXe siècle, un observateur signalait: « Pour donner ample pâture à cette passion de savoir vite et de tout savoir, il y a dans les journaux surabondance de «  chroniques ». Il y a les « interviews », c'est-à-dire les « entrevues » ou les « entretiens » sur quelque question, plus ou moins intéressante, mais actuelle, avec une personne, plus ou moins compétente et bien renseignée. Il y a surtout le « reportage », vieille chose inventée par (...) les nouvellistes du XVIIIe siècle, mais que l'on affubla d'un nom anglo-saxon pour rehausser son crédit. » (Levrault, début XXe.)

La guerre de Sécession réactiva, sans doute, en France l'intérêt pour les États-Unis, oubliés depuis la guerre d'indépendance du XVIIIe siècle à laquelle la France apporta son soutien contre l'Angleterre. Comme souvent, un phénomène de mode vint amplifier et déformer la réalité des nouveautés venues d'ailleurs; l'exemple étatsunien contribua certainement à modifier la presse française, la mise en page et l'usage de l'interview par exemple; il aida aussi à la reconnaissance du reportage comme genre journalistique majeur; nul n'est prophète en son pays, d'une certaine manière une origine nord-américaine contribua à légitimer en France une invention fort ancienne.

Cette mode fut passagère; à la fin du XIXe siècle, la référence intellectuelle dans les domaines musicaux, philosophiques et littéraires était avant tout allemande. L'esprit français, estime l'historien Wolf Lepenies, était attiré par le caractère germanique, son génie de l'organisation, de la méthode, de la discipline, et l'érudition des voisins d'outre Rhin (15). Même entre 1870 et 1914 (et peut-être plus encore lors de cette période), l'Allemagne fut désignée comme le modèle à suivre... pour mieux préparer l'instant de la revanche.

Cette conjonction d'influences anglo-saxonne et germanique ne paraît pas contradictoire. L'attrait des modes d'organisation et des méthodes de travail des uns et des autres fut sans doute égal, et contribua à ce changement de valeurs au sein des rédactions parisiennes. Le journaliste Hugues Le Roux écrit dans Le Temps en 1889: « L'ancien chroniqueur, l'homme d'esprit, de bons mots et de propos à bâtons rompus est détrôné par un écrivain moins soucieux de briller mais mieux informé des sujets qu'il traite: le reporter. Pendant des années, on l'avait tenu, ce reporter, dans les humbles besognes du journalisme; on l'enfermait dans les faits divers, [...] le reportage remonte des bas-fonds du journal à la surface. » (Cité par Balle. Cette citation n'est pas complète, elle supprime la référence que Hugues Le Roux fait au courant naturaliste. Nous restituons plus loin le passage manquant.)

Les reporters commencèrent alors à peupler les rédactions, à faire leur place jusqu'à devenir plus nombreux que les chroniqueurs et autres « articliers », comme on appelait encore les journalistes de l'ancien jeu. Eugène Dubief estimait qu'il y avait à la fin du siècle quatre à cinq cents reporters à Paris: «  Une population flottante (...) qui, selon les convictions, les fantaisies ou les circonstances, voyage entre les trente à quarante grands journaux. Presque tous ont mis dix, douze ans à se faire coter; quelques-uns n'y parviendront jamais (16). »

Plus nombreux, mais moins bien payés. Paul Pottier, en 1907, donnait des chiffres: un reporter de base pouvait espérer gagner au mieux 6 000 F par an, ce qui était plus qu'un simple rédacteur attaché à sa table (entre 3 600 et 4 200), mais moins qu'un articlier qui pouvait toucher chaque année entre 9 et 10 000 F de salaire. Sans parler des « princes du reportage », Jules Huret au Figaro, Gaston Leroux au Matin, qui tournaient autour de 20 000 F annuels, ou mieux encore les directeurs de rédaction particulièrement renommés, tel Clemenceau à L'Aurore qui se faisait payer 36 000 F.

Si le reporter était de plus en plus en position de salarié régulier d'un journal, il restait quelques passants - des pigistes, dirait-on aujourd'hui. G. Fonsegrive décrivait ce passant comme un homme pressé: « Il passe donc sa vie à courir: il court pour se procurer des nouvelles; il court ensuite pour les placer. [...] Il est indispensable d'ailleurs que les nouvelles soient racontées de façon différente selon la teinte des divers journaux, et vous pensez bien que les détails [...] n'étaient pas les mêmes selon que la narration était destinée à La Croix ou à La Lanterne  ». (17)

Malgré les améliorations liées au salariat et à l'extension du marché du travail de presse, la précarité était de mise, la vie difficile: « À cause de la modicité de leur salaire, des heures de leur travail qui les privent des joies du foyer, les journalistes se marient peu. Ils habitent du côté de Montmartre, quartier pas trop cher et rapproché des boulevards. Un journaliste avec 300 F par mois est moins heureux qu'un employé de commerce avec la même somme, parce qu'il est obligé d'être mieux habillé et que, vivant plus dehors, il a plus de dépenses. L'irrégularité de son labeur, souvent heurté d'à-coups, l'expose à prendre ses repas au restaurant. (18) »

Bien que sa notoriété allât grandissant, le reporter était encore souvent considéré comme un personnage superficiel, un dandy et un courant d'air: « Il est entré comme un coup de vent; il parle comme un sifflet à locomotive, par mots hachés, haletants. Habillé à la dernière mode, il s'agite, il fait sonner son importance (19). Presque insaisissable, toujours en l'air, courant sus aux nouvelles comme s'il chassait le papillon (20). »

Mais avec le temps, le reporter parvint à une certaine respectabilité par le fait qu'il côtoyait un nombre croissant de personnalités, assistait à des événements considérables et surtout disposait d'une autonomie exceptionnelle: « Il pénètre dans les coins les plus secrets, il tourne ou surmonte tous les obstacles, aborde les plus hauts personnages, suit les ministres en voyage, les armées en manœuvre, même en campagne, héroïque souvent par simple curiosité, et quelquefois sournois, inventant les faits divers quand il n'en a pas à se mettre sous la dent. Quel homme, quel homme! (21)  »

Le mythe n'en était encore qu'aux fondations qu'il éblouissait déjà, mais le public qui commençait à vibrer aux accents des voyages aventureux des grands reporters ne savait pas la précarité de la condition de la plupart de ces demi-héros: « Le grand reportage, cet art de voir, a eu ses héros, des journalistes plus ou moins connus aujourd'hui, la gloire passe vite. [...]À la rareté [des emplois], il faut ajouter encore l'humeur capricieuse des directeurs. Dans un journal, un grand reporter est le favori pendant quelque temps, puis le vent change et d'un jour à l'autre il tombe en pleine disgrâce. Comme les journaux ne consentent généralement pas de traité avec leurs rédacteurs, la disgrâce est pour ceux-ci le renvoi immédiat et la misère (22). »

L'apport de la littérature et de la sociologie

Une influence dans l'élaboration des méthodes de reportage est rarement soulignée; elle est pourtant déterminante: c'est la participation des écrivains à la presse de l'époque et d'une manière générale le rayonnement de la littérature - qui est la valeur culturelle centrale du XIXe siècle - sur les journaux.

La presse du XIXe était tout à la fois un marchepied pour les apprentis écrivains qui cherchaient à affiner leur talent et se faire reconnaître (Zola), un gagne-pain (Balzac), ou une tribune (Hugo). C'était une référence pour tous, écrivains, mondains (les pseudo-écrivains qui répandaient leur mauvaise prose à travers les colonnes) et lecteurs: les auteurs étaient connus du public non pas grâce à leurs ouvrages reliés mais par leurs publications dans les journaux.

Émile Zola était, parmi les écrivains célèbres du XIXe, celui qui participa le plus à la presse. Journaliste et écrivain, il se tint à une discipline rigoureuse: « Nulla dies sine linea  » (pas un jour sans une ligne). Sa carrière journalistique fut considérable. Il écrivit entre 1859 et 1881 des milliers d'articles dans plus de quarante huit journaux dont mille huit cents chroniques (non signées) au Sémaphore de Marseille entre 1871 et 1877. À la fois chroniqueur de la vie quotidienne, essayiste politique, critique littéraire et d'art, il ne cachait pas qu'argent et notoriété motivaient cette participation aux journaux: « Je considère aussi le journalisme comme un levier si puissant que je ne suis pas fâché du tout de pouvoir me produire à jour fixe devant un nombre considérable de lecteurs. »

Ces collaborations n'ont pas toujours été harmonieuses, l'antagonisme entre les écrivains et les critiques littéraires ne perdant pas une occasion de s'exprimer, certains mots sont passés à la postérité: « Si la presse n'existait pas, il ne faudrait pas l'inventer » (Balzac); « La presse est une bouche forcée d'être toujours ouverte et de parler toujours » (Vigny); « Je ne comprends pas qu'une main pure puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût » (Baudelaire).

On a cru pouvoir affirmer que l'interpénétration forte de la presse et de la littérature avait trop longtemps enfermé le journalisme français dans un amalgame de l'information et de la polémique, des faits et des romans. Pour l'accusation, on retient souvent la phrase d'Émile Zola: « L'information [...] a transformé le journalisme, tué les grands articles, tué la critique littéraire, donné chaque jour plus de place aux dépêches, aux nouvelles grandes et petites, aux procès-verbaux des reporters et des interviewers. » Mais on oublie la suite de son propos: « Si la littérature est une récréation de lettrés, l'amusement réservé à une classe, la presse est en train de tuer la littérature. Seulement elle apporte autre chose, elle répand la lecture, appelle le plus grand nombre à l'intelligence de l'art. À quelle formule aboutira-t-elle? Je l'ignore. On peut constater simplement que si nous assistons à l'agonie de la littérature d'une élite, c'est que la littérature de nos démocraties modernes va naître (23).  »

C'est un procès un peu trop commun que celui des littérateurs empêcheurs de modernité de l'information. La preuve en est - il faut lire pour cela l'enquête de Jules Huret sur les milieux littéraires (1891) ou les numéros de l'hebdomadaire Les Annales politiques et littéraires de la fin du XIXe -, des écrivains de l'époque comprenaient l'intérêt général des évolutions de la presse et ne s'y opposaient pas. Anatole France disait ainsi, à propos des nouvelles pratiques journalistiques, l'interview en particulier: « Ne vous y trompez pas: à bien prendre les réponses des hommes connus, l'interview donne, autant et mieux parfois que les oeuvres méditées, la mesure d'un esprit. Telle intelligence que je soupçonnais vide et soufflée, qui faisait illusion par l'emploi de quelques procédés d'art, étale glorieusement son inanité devant l'interviewer attentif (24).  »

Cet apport de la littérature à la presse est un secteur de recherche peu développé. Il semble bien qu'à l'instar des milieux professionnels, les spécialistes scientifiques aient longtemps refusé de reconnaître l'intensité de ces liens historiques et leurs caractères productifs. On préféra tenir en peu d'estime cette contribution à la construction de la presse moderne et même la considérer comme un frein.

Quelques chercheurs se sont hasardés à contester ce quasi-dogme historique, notamment Pierre Albert qui estimait que la presse française du XIXe avait beaucoup bénéficié de la collaboration du milieu des lettres et que les journaux français avaient la réputation d'être mieux écrits, plus variés et plus originaux que les supports anglo-saxons.

M. Palmer fut donc précurseur quand il observa qu'un courant littéraire - le naturalisme - semblait avoir beaucoup contribué à asseoir la pratique du reportage dans les rédactions des journaux, en particulier le reportage social: « [en France], le reportage «  collé » à l'actualité, tributaire des nouvelles technologies de l'information et de son marché, doit autant au nouveau journalisme anglo-saxon qu'au naturalisme (25). »

Poursuivant cette remarque, on pourrait formuler l'hypothèse que, plutôt qu'exclure les modes plus littéraires de production de l'information pour les remplacer par la sécheresse des méthodes américaines, la presse française tâcha d'utiliser la richesse des deux genres. Ce faisant, elle tentait de concilier deux exigences que la rhétorique des anciens avait déjà parfaitement identifiées: la précision des observations et l'efficacité de la transmission.

Réflexion sur le discours en vue de lui conférer le maximum de qualités persuasives, la rhétorique latine avait mis en lumière la forte tension qui tout à la fois oppose et réunit deux exigences apparemment antinomiques de la communication: celle qui cherche à contenir de la manière la plus fidèle possible un segment de la connaissance, et celle qui tente perpétuellement de la rendre attractive et agréable au récepteur (26).

Empruntant à la sécheresse clinique des exposés à l'américaine et aux qualités d'expression de la littérature naturaliste française, le journalisme hexagonal aurait renoué avec cette synthèse d'exigences rhétoriques - dont on trouve évidemment trace dans de nombreux autres domaines intellectuels, de la philosophie des Lumières à l'histoire visitée par Jules Michelet sans oublier les sciences naturelles de Georges-Louis-Marie Buffon.

Cette hypothèse s'accorderait bien à une autre contribution à l'émergence du reportage collé à l'actualité, même si, contrairement à la littérature, sa participation directe aux changements de pratiques de l'information ne fut pas aussi évidente: il s'agit de la montée en puissance de la sociologie d'Auguste Comte et d'Emile Durkheim, et d'une manière générale du discours positiviste de la science sociale qui, au cours des premières années de la Troisième République, fut, en quelque sorte, la science républicaine.

Il y a en effet tout lieu de penser que les principes positivistes d'Auguste Comte de la première époque (celle d'avant la rencontre et la mort précoce, en 1846, de Clotilde de Vaux), qui affirmait une foi inébranlable en la capacité de sa proposition théorique d'établir rigoureusement les faits sociaux et de les interpréter en lois générales, ont grandement influencé les habitudes de production de la presse, en incitant celle-ci à emprunter les voies de l'observation et de la recherche des régularités de faits.

Plus encore, l'acharnement de son héritier, Emile Durkheim, à donner droit de cité à la sociologie ne put se faire sans retentissements sur les médias de l'époque. Comme l'a souligné l'historien de la sociologie Wolf Lepenies, l'entrée d'E. Durkheim à la nouvelle Sorbonne, en 1902, fut source de réactions violentes, tant des adeptes des sciences de la nature qui voyaient dans cet avènement la négation de la démarche scientifique expérimentale, que des hommes de lettres qui contestaient à la sociologie sa capacité à interpréter les fonctionnements sociaux, sans parler de ceux qui estimaient que Durkheim n'était qu'un usurpateur et un traître à la pensée d'un maîtreComte (version seconde époque, quand il versa dans la poésie et réhabilita les sentiments dans sa pratique scientifique).

W. Lepenies rappelle que E. Durkheim représenta celui qui, dans une période confuse de définition de l'objet de la sociologie, offrit à la République renaissante une doctrine qui put en imposer aux clercs. En quelque sorte, la sociologie érigée en science fit office de religion contre le cléricalisme: « La sociologie de Durkheim passait essentiellement pour une science morale: elle semblait en mesure de fournir une solution de rechange efficace pour remplacer l'éducation cléricale traditionnelle par une éducation laïque (27).  »

Malgré les violentes attaques qui l'accusaient d'escroquerie, et la disparition d'E. Durkheim en 1917, la prétention têtue de la sociologie à un droit à l'existence scientifique au même titre que les sciences de la nature obtint gain de cause. Cette évolution se fit à la faveur d'une perte de vitesse de la littérature, dont les principaux auteurs ne parvinrent plus à renouveler le système de valeurs et à le transmettre aux jeunes générations, préférant se réfugier dans un conservatisme nationaliste et étriqué au sein de L'Action française.

Cette évolution profita aussi d'une mutation plus globale que nous avons déjà évoquée, et que confirme l'historien de la sociologie et des sciences:

  • la perte de vitesse de la littérature savante, plus soucieuse de forme que de précision, représentée par l'Histoire naturelle de Georges-Louis-Marie Buffon, et la montée en puissance corrélative des dogmes des sciences exactes portés par les travaux des physiologistes Xavier Bichat et Claude Bernard, et du mathématicien et astrophysicien Pierre Laplace;

  • le reflux d'une pratique historienne littéraire qu'incarnait Jules Michelet, et son remplacement par une histoire qui se prétendait elle aussi une « science positive », autour de Gabriel D. Monod;

  • un recul des conceptions du monde privilégiant une approche métaphysique, qu'elle fût produite par les philosophes ou les clercs.

L'époque était au concret, aux faits, et le journalisme en hérita: « Le goût profondément enraciné des Français pour les idées générales et le brillant de la rhétorique devait faire place à un amour sans préjugés des faits et une conscience stricte de la méthode suivie. Le degré de civilisation des nations modernes était depuis longtemps fonction de leur production scientifique, et non plus de leur sensibilité linguistique. L'excellence stylistique d'un auteur n'avait plus rien à voir avec le degré de vérité contenue dans ses idées; elle était aussi charmante et inutile qu'un ornement (28).  »

En définitive, ajoutés à toutes les contingences se rapportant aux mutations économiques, sociologiques et politiques, il nous faut prendre en compte deux nouveaux facteurs en partie contradictoires, et intervenant successivement dans la chronologie: d'abord une influence sans partage de la littérature réaliste sur la presse, puis une perte de vitesse générale des hommes de lettres en faveur des sciences exactes et des démarches scientifiques qui prétendaient à la même rigueur et aux mêmes résultats obtenus dans le champ social. Entre ces deux moments, le premier situé autour de 1850, le second autour de 1900, le reportage se développa. Il le fit en s'appuyant sur le courant littéraire qui incarna le mieux la synthèse transitoire de cette mutation d'une domination intellectuelle à une autre: le naturalisme d'Émile Zola, celui qui s'auto-proclamait le « Claude Bernard de la littérature ».

La contribution des naturalistes

En 1889, le journaliste Hugues Le Roux signalait dans le quotidien Le Temps: « La volonté du lecteur qui, depuis le mouvement naturaliste, professe pour le document vraiment vrai un goût très vif, a tiré l'homme [le reporter] de cette obscurité où il végétait, sans lettres et accessoirement sans orthographe. Le reportage remonte des bas fonds du journal à la surface. Il est devenu chronique. Il tente les artistes, les littérateurs, les poètes, ceux qui savent voir, devenir, composer, écrire, ceux qui ont des impressions justes et profondes, ceux dont le regard perce les contours, va à l'âme des hommes et des choses. »

Émile Zola était par excellence un écrivain naturaliste. Père de ce courant littéraire, il a légué une approche singulière de l'œuvre où l'intégration du réel est une condition indispensable à l'insertion de l'art dans le courant vital de son époque. Il s'opposait totalement aux courants romantique et classique des XVIIe et XIXe siècles qui cherchèrent dans d'autres époques de l'histoire - le Moyen Âge, l'Antiquité - la matière romanesque. Il tenta sans succès de mener sa quête littéraire aux frontières scientifiques: « Introduire dans l'étude des faits moraux l'observation pure, l'analyse exacte employée dans celles des faits physiques. » (L'Événement, 25 juillet 1866)

Pour observer et analyser - deux mots essentiels dans l'œuvre naturaliste de Zola -, il voulut utiliser les méthodes de la médecine expérimentale de Claude Bernard, pour créer le « roman expérimental  »: « En faisant varier le milieu qui influe sur des personnages et en constatant les modifications qui se manifestent alors en leur comportement, le romancier se trouve, d'après Zola, dans des conditions analogues à celles où se place le savant lorsqu'il applique la méthode des variations concomitantes (29). »

Malgré l'échec de cette tentative, Zola se voulait avant tout le témoin de son temps: « Pour Zola, on ne peut arriver à restituer le réel dans le cadre d'un passé retrouvé en une vision plus poétique qu'historique; le réel ne peut guère se concevoir que comme étude de la société contemporaine; il exige de l'artiste une participation totale à son époque; la première tâche est de discerner les traits singuliers de son temps, de les accepter franchement (30). »

Dans sa quête du réel, l'écrivain naturaliste aspirait à la vérité. Il révélait la souffrance et la misère humaine et il se posait en redresseur de torts; en choisissant de participer à son temps, il ambitionnait de l'influencer; d'observateur, il se faisait acteur: le secours de la veuve et l'orphelin, l'accusateur public, la conscience des justes... À cette fin, il avait recours à une méthode qui consistait pour l'essentiel en trois étapes:

  1. L'enquête de terrain; pour écrire Germinal, Zola visita pendant une semaine les régions houillères, les corons, les mines, les réunions politiques, s'imprégnant des ambiances et des faits;

  2. La synthèse de documents et de lectures croisées, parcourues de manière non systématique, plus comme un complément à l'imprégnation;

  3. La subordination du détail à l'ensemble, construit a posteriori, après un long parcours: « L'œuvre ne s'anime qu'au moment de la rédaction, et tout cet appareil d'ébauche, de notes et de plans n'a encore abouti qu'à dresser une sorte de charpente; si minutieusement qu'il ait été préparé, le travail de rédaction n'en marque pas moins une sorte de création ex nililo (31). »

Une méthode que ne renierait pas un reporter, loin s'en faut. En 1924, pour mettre en évidence ce lien entre journalisme et littérature, André Billy et Jean Piot imaginaient un débat entre un homme de lettres et un homme de presse. Celui-ci résume bien cette idée courante à l'époque que ce qui rapprochait les deux métiers, c'était de puiser dans le même réel les éléments d'une création intellectuelle, le journaliste pour écrire ses articles, l'écrivain pour ses romans. Nous reproduisons un court extrait:

« Le littérateur: Il sied (...) de distinguer dans le journalisme ce qui est création de l'esprit de qui est simple transcription personnelle.

Le journaliste: Enfin, nous allons nous entendre! Je trouve d'ailleurs bien artificielle cette opposition du journalisme et de la littérature à laquelle on s'est complu de divers côtés ces derniers temps. Si l'art du conteur et du romancier consiste à donner l'illusion de la vie par le moyen des mots assemblés, tout bon reporter est conteur. Tout bon reporter a en lui l'étoffe d'un bon conteur. [...]

Le littérateur: Pourtant, il faut tenir compte de cette différence que le conteur travaille sur de la matière inventée, alors que le reporter se contente de mettre au net ce qu'il a vu ou ce que lui a dit le commissaire de police du coin.

Le journaliste : Êtes-vous sûr que le conteur, le romancier travaillent toujours sur de la matière inventée?

Le littérateur: Il est vrai que le conteur, le romancier utilise souvent des matériaux, des faits, des traits de mœurs et de caractère pris dans la vie et que parfois il les transpose à peine (32). »

Le naturalisme se reconnaît parfaitement au détour de cette conversation. Ce que ces débatteurs imaginaires finissent par se constater de commun, les écrivains naturalistes du XIXe siècle auraient pu l'exprimer, si tant est que cela ne fût pas anachronique. Il est en effet probable que les naturalistes n'ont guère eu l'occasion de s'exprimer ainsi, car à leur époque, la participation des écrivains à la presse était une évidence. Ce n'est que plus tard qu'elle s'estompa, puis fut oubliée, et que d'aucuns tentèrent de retisser les filiations.

D'ailleurs, les caractères communs entre littérature et journalisme de reportage ne pouvaient être réservés au seul courant naturaliste. Le plus bel exemple d'interchangeabilité des genres n'est il pas fourni par un auteur qui ne fut pas considéré comme un adepte du naturalisme, ni même un réaliste: Victor Hugo.

M. Palmer signale que la première édition du recueil de textes intitulé Choses vues, parue en 1887, aurait dû s'appeler Reportages, si le directeur de publication ne s'y était pas opposé car le terme n'était pas encore parfaitement reconnu. En effet, si l'histoire a consacré l'écrivain, elle oublia que Victor Hugo fut un chroniqueur judiciaire admiré et un reporter de son temps, révélé par de nombreuses publications de presse et plus encore par la compilation des fragments d'écrits personnels après sa mort. Jean Bernard préfaçait ainsi la seconde livraison de Choses vues en 1899: « C'est là du vrai reportage, que tant de gens dédaignent encore aujourd'hui, et qui est la forme la plus vivante, la plus intéressante, la plus difficile du journalisme. Écrire une chronique sur un sujet donné... en prenant son temps, est à la portée du premier journaliste venu, à condition qu'il ait des lettres, connaisse son histoire et ne soit dépourvu ni de philosophie ni de style. Mais, pour raconter dans une forme personnelle l'événement dont vous venez d'être témoin, [...] pour être en un mot « actualiste » dans le vrai sens du mot, il faut avoir une nature toute spéciale, et cumuler à la fois la poésie de l'improvisation et la sûreté de jugement... »

Autrement dit un mélange détonnant, du talent et de la rigueur. Un mélange qui signait une conception de l'information.

Transfert et oubli

Émile Zola, chef de file du courant naturaliste, a été accompagné et suivi par de nombreux écrivains, notamment ceux du groupe de Médan : J K. Huysmans, G. de Maupassant, H. Céard, L. Hennique, P. Alexis; d'autres noms célèbres sont parfois rattachés à ce courant, même si eux-mêmes ne l'ont pas revendiqué : J. Vallès, J. Renard, A. Daudet.

Comme tous les groupes littéraires s'affrontant sur la place de Paris, les naturalistes prétendaient n'être pas, eux, une confrérie, un clan ni une école, encore moins un mouvement passager. Il est certain que ce courant a marqué un demi-siècle de littérature - avant de disparaître très rapidement en tant que tel - et qu'il est puissamment imprégné par un courant antérieur majeur: le réalisme de Balzac, Flaubert, Stendhal, les Goncourt, qui ont préparé le terrain du naturalisme; ils ont aussi à leur manière défini le champ du reportage: « L'introduction de l'élément dramatique, de l'image, du tableau, de la description, du dialogue, me paraît indispensable dans la littérature moderne. » (H. de Balzac.) « Nous avons à saisir la vie, l'âme, la physionomie des choses et des êtres. Les effets! Les effets! Mais ils sont les accidents de la vie, et non la vie.  » (H. de Balzac.) « Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts: un épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d'aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l'idée; un autre fouille et creuse le vrai tant qu'il peut, qui aime accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire saisir presque matériellement les choses qu'il reproduit. » (G. Flaubert.) « L'histoire est un roman qui a été, le roman est l'histoire qui aurait pu être. » (les Goncourt.) Cette dernière citation n'est pas sans rappeler cette autre, de T. Renaudot: « L'histoire est le récit des choses advenues, la gazette seulement le bruit qui en court. »

Honoré de Balzac et Gustave Flaubert étaient d'ailleurs de ceux qui, comme Émile Zola, prétendirent que la sociologie d'un Auguste Comte n'apportait rien de nouveau que la littérature réaliste prétendît faire. Balzac, qui se qualifiait de docteur ès sciences sociales, voulait faire pour la société ce que Buffon, cent ans auparavant, avait fait pour la zoologie: « Analyser les espèces sociales qui composent la société française et raconter l'histoire véridique des mœurs que les historiens, obnubilés par l'éclat ou la misère des grandes actions des États, oublient généralement d'écrire. »

Ce faisant, Balzac se positionnait comme précurseur de la « nouvelle histoire » portée par les Annales d'histoire économique et sociale lancées en 1929 par Marc Bloch et Lucien Febvre. Quant à Gustave Flaubert, il raillait volontiers les ambitions d'un Auguste Comte, et croyait mieux faire oeuvre de science sociale que le sociologue car, disait-il, seul l'auteur qu'il était pouvait s'isoler et s'abstraire de la contrainte sociale. La sociologie ne manquait donc pas de concurrents (33)!

En définitive, Paul Alexis voyait dans le naturalisme «  la littérature du XXe siècle » car il ne s'agissait pas d'une quelconque rhétorique, « mais (de) quelque chose d'autrement sérieux, une « méthode ». Une méthode de penser, de voir, de réfléchir, d'étudier, d'expérimenter, un besoin d'analyser pour savoir, mais non une façon spéciale d'écrire. (...) Au contraire, le naturalisme est assez large pour s'accommoder de toutes les « écritures ». Le ton de procès-verbal d'un Stendhal, la sécheresse impopulaire d'un Duranty trouvent grâce devant lui autant que le lyrisme concentré et impeccable de Flaubert, que l'adorable nervosité de Goncourt, l'abondance grandiose de Zola, la pénétration malicieuse et attendrie de Daudet. Tous les tempéraments d'écrivains (34). »

Cet attachement des naturalistes pour l'observation, la description et l'analyse fut par la suite critiqué, quand, vers la fin du siècle, le courant perdait en influence. Mais deux réflexions de détracteurs soulignent combien le naturalisme a profondément contribué à désenclaver la littérature en la conduisant à s'intéresser au vécu quotidien et banal des lecteurs, à la sortir d'un élitisme de littérateurs soucieux de protéger leur fonds de commerce. Répondant aux questions de Jules Huret qui effectuait son enquête sur l'évolution littéraire, Anatole France saluait l'œuvre dénonciatrice de la misère de Zola, dans L'Assommoir et Germinal, mais il ajoutait: « Quand on les eut lus et que l'on se fut dit: « Tout cela est vrai, très vrai, mais aussi c'est triste, et cela ne nous apprend rien que nous ne sachions... », on aspira à autre chose. »

Paul Hervieu se plaignit de ce que les courants naturalistes et psychologiques (ce dernier courant utilisa les méthodes naturalistes mais entendit éviter la sécheresse des observations matérielles par une étude des comportements des acteurs du réel) galvaudaient le métier d'écrivain: « La méthode naturaliste et la méthode psychologique me semblent avoir l'inconvénient pareil d'avoir enseigné trop visiblement leurs procédés, de trop montrer leur trame, et d'établir, à l'usage de tous, un canevas à livres, sur lequel il n'est pas nécessaire d'être un littérateur proprement dit pour y broder son petit roman. Il suffirait d'être intelligent; mettons très intelligent. À tout homme de belle intelligence, qui a de la mémoire, et un peu l'expérience d'avoir déjà vécu vingt ou vingt cinq ans, les naturalistes et les psychologues sont venus démontrer qu'il pouvait faire un roman. »

Ainsi, les naturalistes ont livré les recettes d'une littérature accessible et attrayante; ils ne se sont pas contentés de populariser des causes sociales, ils ont indiqué comment en socialiser la révélation; ils ont dit comment l'écriture, à condition d'être organisée selon des principes - une méthode - pouvait parvenir à saisir et à transmettre une représentation du réel. En se répandant dans les journaux qui bientôt les ont imités, ils ont donné l'impulsion à une nouvelle pratique journalistique qui fut appelée généralement reportage (et parfois enquête), et qui, bientôt, devait leur échapper, et les oublier.

En effet, au XXe siècle, alors que le reportage s'imposait à toutes les formes de presse, la référence au naturalisme disparut très rapidement, aussi vite que le courant littéraire lui-même. Restèrent les oeuvres, et les pratiques, transférées à la presse moderne. Les auteurs de reportage contemporains ont beaucoup en commun avec les naturalistes; l'ambition sûrement, celle de traduire le réel; mais aussi la méthode: imprégnation sur le terrain, recueil de faits, lectures diverses dans un premier temps; puis construction critique de l'ensemble nécessitant des capacités de synthèse et de discernement; enfin, une richesse de restitution exigeant originalité, personnalité et talent.

Depuis le naturalisme, le reportage à la française n'est pas une simple collection de faits enfilés comme des perles. Contrairement au reportage à l'américaine (ou plutôt sa caricature), il n'est pas l'un des derniers avatars d'une vision positiviste du monde, croyant trouver dans on ne sait quelle dévotion aux faits une compréhension définitive de la complexité. C'est, au contraire, une oeuvre de création que l'auteur marque de sa présence, dans laquelle la subjectivité est une donnée de base du processus productif, incontournable et incontournée.

Depuis cette époque, le reportage s'est affirmé comme une pratique journalistique adulte, sans doute la plus aboutie qui soit : un indicible dosage de précision intellectuelle, de rigueur morale et d'engagement personnel, qui conduit un individu commun à s'attacher provisoirement à une situation sociale réelle, à l'étudier avec les outils précaires dont il dispose, à la critiquer à la lumière de son propre jugement, et à la restituer avec tout le talent possible qu'autorise l'intensité de sa conviction finale.


Source : RUELLAN, Denis.1993. Le professionnalisme du flou, identité et savoir-faire des journalistes français, p. 109 à 129. Total de 240 pages.

(1). SAUVAGE C., Journaliste - Une passion, des métiers, CFPJ, 1988.

(2). SAUVAGE C., op. cit.

(3). BALLE F., Et si la presse n'existait pas..., J.-C. Lattès, 1987.

(4). SCHILLER D., An Historical Approach to Objectivity and Professionalism in America News Reporting, Journal of Communication, Autumn 1979.

(5). VOYENNE B., Les journalistes français, CFPJ RetZ, 1985.

(6). MANEVY R., La presse française de Renaudot à Rochefort, Foret, 1958.

(7). BALLE F., Et si la presse n'existait pas..., J.-C. Lattès, 1987.

(8). BRETON P. et PROULX S., L'explosion de la communication La naissance d'une sourceuvelle idéologie, La Découverte Boréal, 1990.

(9). VOYENNE B., Les journalistes français, op. cit.

(10). VOYENNE B., op. cit.

(11). KNIGHILEY P., Le correspondant de guerre, de la Crimée au Vietnam, Flammarion, 1976.

(12). BOYD BARRET. et PALMER M., Le trafic des sourceuvelles, Alain Moreau, 1981.

(13). Cf. PAT MER M., Des petits journaux aux grandes agences Naissance du journalisme moderne, 1863 1914, Aubier, 1983.

(14). GIFFARD P., Le sieur va partout, souvenir d'un reporter, 1880 cité par Palmer M., op. cité.

(15). LEPENIES W., Les trois cultures Entre science et littérature, l'avènement de la sociologie, Maison des sciences de l'homme, 1990.

(16). DUBIEF E., Le journalisme, Hachette, 1892.

(17). Cité par JAMATI V., Pour devenir journaliste - Comment se rédige et s'administre un journal, Librairie J. Victorien, 1906.

(18). POTTIER., Professions et métiers, les journalistes, L'Action populaire, no 145, 1907.

(19). DUBIEF E., op. cit.

(20). WOGAN T. (de), Manuel des gens de lettres - Le journal, le livre, le théâtre, Firmin Didot, 1898.

(21). WOGAN T. (de), op. cit.

(22). POTTIER P., op. Cit.

(23). Les Annales politiques et littéraires, 22 juillet 1894.

(24). Les Annales politiques et littéraires, 26 août 1894.

(25). PALMER M., Des petits journaux aux grandes agences - Naissance du journalisme moderne, 1863-1914. Aubier, 1983.

(26). Cf. BRETON P. et PROULX S., L'explosion de la communication - La naissance d'une nouvelle idéologie, La Découverte/Boréal, 1990.

(27). LEPENIES W., Les trois cultures - Entre science et littérature, l'avènement de la sociologie, Maison des sciences de l'homme, 1990.

(28). LEPENIES W., op. cit.

(29). ROBER G., Émile Zola, Les Belles Lettres, 1952.

(30). Ibid.

(31). Ibid.

(32). BILLY A. et PIOT J., Le monde des journaux - Tableau de la presse contemporaine, G. Crès et Cie. 1924.

(33). LEPENIES W., op. cit.

(34). Cité par HURET J., Enquête sur l'évolution littéraire, Bibliothèque Charpentier, 1891.