A- . La production de l'information en presse écrite
(1)
L'objectif premier des journaux quotidiens est de transmettre à
leurs lecteurs des informations pertinentes sur tous les sujets d'actualité
locale, régionale, provinciale, nationale ou internationale. La description
que nous présentons ici des composantes de la plupart des quotidiens
québécois a été établie suivant cet objectif.
1. La cueillette de l'information
L'information que diffusent les journaux ne tombe pas du ciel ! Ceux
qui collaborent à la préparation d'un journal, qui écrivent
dans un quotidien, doivent rechercher et recueillir l'information avant d'être
en mesure d'écrire «leur papier». Mais quelles sont leurs
sources ? Comment procèdent-ils pour obtenir une information adéquate ?
Nous décrirons ici les sources d'information de deux points
de vue différents, selon que les journalistes reçoivent l'information
ou qu'ils la cherchent. Divers facteurs intervenant dans la cueillette de données
la fonction particulière du journaliste à l'intérieur
de la salle de rédaction, le secteur de l'actualité dont il assure
régulièrement la couverture, la structure de l'entreprise qui
l'emploie, sa façon personnelle de se documenter , il va de soi
que le mode et la fréquence d'utilisation de ces sources varie considérablement
d'un journaliste à l'autre.
L'information reçue
Avant d'entreprendre leur propre travail de documentation et d'enquête,
les journalistes peuvent déjà compter sur une foule d'informations
qui leur sont acheminées par divers canaux:
Les dépêches des agences de presse nationales
et mondiales;
Les communiqués de presse;
Le courrier des lecteurs;
Les répertoires d'événements.
Les dépêches des agences
[...]Voyons maintenant comment fonctionnent et quel type de matériel
offrent les grandes agences aux médias.
Les agences mondiales disposent de multiples correspondants qui
recueillent l'information aux quatre coins du monde; un peu moins de la moitié
de leur personnel (qui regroupe 10 000 employés au total, dont 4 500
à l'étranger) est d'ailleurs constitué de journalistes,
les autres étant des techniciens ou des vendeurs. Une fois les données
parvenues à la salle de rédaction, située au siège
social de chacun de ces établissements, on se hâte de rédiger
les dépêches et de les distribuer aux utilisateurs: une nouvelle
peut ainsi faire le tour du monde en quelques minutes. Nul besoin de mentionner
le haut niveau de qualité et de fiabilité que doivent pouvoir
offrir le personnel et les supports techniques de ces agences. Le diagramme
reproduit ci-dessous (voir la figure 5.1) permet de se représenter globalement
leur structure et leur mode de fonctionnement.
En plus des agences de nouvelles (ou agences télégraphiques
d'information), [...]d'autres établissements alimentent les médias
en informations de toutes sortes.
Les agences d'information générale répondent
aux besoins sans cesse croissants des médias en matériel autre
que les nouvelles; elles leur offrent divers éléments d'information
complémentaires à caractère explicatif ou analytique. La
version américaine de ce type d'agence est le syndicate, qui vend à
ses clients divers types de textes rédigés par des pigistes ou
par ses propres journalistes: chroniques, analyses de spécialistes de
différents domaines (sports, sciences, arts, etc.), commentaires de journalistes
réputés, matériel de divertissement tel que bandes dessinées,
jeux, mots croisés... Les médias ont le choix de s'abonner au
service régulier de l'agence ou simplement de choisir, parmi les textes
proposés, ceux qui les intéressent. Les grands quotidiens américains
tels que le Los Angeles Times, le Washington Post et le Christian
Science Monitor fournissent ce genre d'informations.
D'autres agences offrent, pour leur part, à leurs clients
des articles sur des sujets d'intérêt général mais
pas nécessairement liés à l'actualité: reportages,
analyses, enquêtes sur des thèmes de la vie quotidienne individuelle,
familiale ou sociale (les nouvelles valeurs morales ou sociales, l'éducation
des enfants, la surconsommation de médicaments, pour ne prendre que ces
quelques exemples). Tout comme les agences d'information générale,
ces news services disposent à la fois de pigistes et de journalistes
qui leur sont exclusivement rattachés. Font partie de cette catégorie
le Features News Service et le Religious News Service, entre autres.
Les agences spécialisées fournissent, comme leur nom
l'indique, des textes qui traitent d'un domaine particulier: agriculture, médecine,
sciences physiques, économie, finances, cinéma, etc. Les médias
clients ou abonnés peuvent ainsi avoir accès à des articles
rédigés, ici encore, par des pigistes ou par les journalistes
permanents de l'agence. D'autres établissements se spécialisent
enfin dans le domaine de la photographie. La Dow Jones Agency et l'Agence Science
Presse appartiennent à cette catégorie.
Les communiqués de presse
Un communiqué est un texte qui est transmis aux salles de
rédaction des médias pour publication. Au Québec, l'agence
télégraphique Telbec s'occupe de transmettre à ses abonnés
la plupart des communiqués; les médias les reçoivent par
téléscripteur. D'autres communiqués sont acheminés
par la poste, par télécopieur ou par courrier électronique.
De longueur variable, ces messages constituent en quelque sorte des avis ou
des annonces par lesquels un individu, un groupe, une entreprise, une institution
ou un organisme informe les journalistes d'un événement à
venir: déclaration politique, ouverture d'une entreprise, tenue d'une
conférence de presse, etc. Les communiqués de presse, qui donnent
la version officielle d'un événement, peuvent servir d'amorce
à un article, à une enquête ou à une recherche supplémentaire
d'information, mais ils ne doivent pas, en principe, être reproduits ou
transmis comme tels dans les médias.
Le courrier des lecteurs
Depuis l'avènement des mass média, la communication
publique ne peut plus être pensée en fonction de récepteurs
connus, familiers, le vaste ensemble qu'elle tente maintenant de rejoindre étant
à toutes fins pratiques anonyme. Pour pallier cette carence, les médias
écrits publient quotidiennement un courrier grâce auquel les lecteurs
peuvent communiquer directement avec les journalistes, réagir à
leurs commentaires, à leurs critiques, à leurs analyses, et même
prendre position sur des sujets controversés. Les journaux doivent, bien
sûr, faire une sélection parmi toutes les lettres reçues,
et il peut arriver que celles qui sont retenues pour publication paraissent
dans une version modifiée. L'impact du «courrier des lecteurs»,
qui dépasse très souvent le simple échange entre un lecteur
et un journaliste, peut être considérable. En tant qu'il déclenche
des idées nouvelles, des actions concrètes, des recherches supplémentaires,
et même des remises en question, il est une source d'information de premier
ordre pour les professionnels de la presse écrite.
Les répertoires d'événements
Certains répertoires ou index d'événements
(«index factuels») fournissent aussi aux journalistes l'essentiel
des événements importants se produisant partout dans le monde.
Les journaux abonnés les reçoivent régulièrement.
Les «informateurs»
De l'ami qui veut leur refiler un bon « tuyau » à
l'individu anonyme qui cherche à faire éclater un scandale politique,
des «informateurs» (individus ou groupes) communiquent régulièrement,
de leur propre initiative, toutes sortes d'informations aux journalistes. Ceux-ci
doivent donc savoir choisir, avoir du flair, aller au-delà des rumeurs
et vérifier si les preuves sont suffisantes avant de publier les informations
qui leur sont ainsi transmises.
2. L'information cherchée
Si, comme nous venons de le voir, les journalistes reçoivent
une grande partie de leur matériel de départ de diverses sources
d'information indirectes, leur propre travail d'enquête et de recherche
demeure primordial car c'est lui qui, finalement, leur permet d'aller au-delà
de l'ordre du jour des sources.
Le travail «sur le terrain»
Qu'il soit reporter sportif, chroniqueur de spectacles, correspondant
à l'étranger ou envoyé spécial, le journaliste doit
régulièrement se rendre sur place pour observer, interroger les
gens, vérifier les faits, analyser la situation en rapport avec un événement
à couvrir: il devient alors un témoin actif de l'actualité.
Grâce à lui, les lecteurs pourront vivre de près l'événement.
Il va sans dire qu'un bon sens de l'observation, un esprit critique aiguisé,
un grand souci d'exactitude et des talents d'interviewer sont essentiels à
une collecte pertinente de l'information.
Le réseau d'informateurs
Un journaliste dispose habituellement de personnes-ressources dans
chacun des milieux de son champ de spécialisation. Il peut donc communiquer
à tout moment avec l'un de ces informateurs pour confirmer ou infirmer
une rumeur de nouvelle, pour préciser le sens ou les conséquences
d'un événement. À d'autres moments, un informateur le contactera
directement pour lui transmettre des renseignements importants susceptibles
de le mettre sur une bonne piste et même de déclencher le processus
d'enquête.
Les sources documentaires
Afin d'asseoir leur analyse et leurs commentaires sur des bases
solides, les journalistes doivent fouiller et dépouiller régulièrement,
à l'intérieur comme à l'extérieur de leur entreprise,
une abondante documentation:
journaux;
magazines d'information;
périodiques (professionnels, scientifiques, de vulgarisation);
La plupart des journaux disposent d'un centre de documentation dont
les dimensions dépendent de l'importance de l'entreprise de presse qui
les éditent. Les journalistes se constituent aussi tout au long des années
une documentation et des dossiers personnels qu'ils consultent au besoin. Les
bibliothèques, les centres de documentation spécialisés
et les archives complètent l'ensemble de leurs sources documentaires.
3. Le traitement de l'information
Entre le moment de la cueillette de l'information et la livraison
du «produit fini», plusieurs étapes restent encore à
franchir, comme le montre le schéma de la figure 5.2.
L'éventail des sujets dont peut traiter un média est, comme on
le sait, extrêmement vaste. Quelle importance faut-il accorder à
tel ou tel autre sujet ? Et avec quelle fréquence ? Les impératifs
de l'actualité, les caractéristiques de l'entreprise de presse,
la journée de publication du journal deviennent ici déterminants.
Certains sujets seront abordés régulièrement, tels la politique,
le sport, l'économie, la culture, les faits divers, tandis que d'autres
ne seront traités qu'à des moments précis de la semaine
ou seulement lorsqu'ils feront l'objet de nouvelles. Diverses informations sur
une multitude de sujets parviennent aussi d'un peu partout dans le monde. Grâce
aux techniques modernes de communication, la lecture d'un quotidien, en plus
de nous renseigner sur l'actualité régionale, provinciale et nationale,
nous maintient aujourd'hui en contact avec le monde entier. La place attribuée
aux nouvelles de telle ou telle provenance varie selon l'orientation du média.
L'origine d'un fait d'actualité, d'une nouvelle, d'un reportage
est facilement identifiable dans un média imprimé. Lorsqu'il s'agit
d'une information locale, on indique au début de l'article le lieu d'origine
de l'événement. Dans le cas d'une dépêche ou d'un
article transmis par une agence de presse, les initiales identifiant l'agence
sont inscrites entre parenthèses après le nom de la ville où
s'est déroulé l'événement; lorsqu'un amalgame de
dépêches provient de diverses agences, toutes les initiales sont
reproduites. Quand un journaliste à l'emploi d'un journal rapporte des
événements de l'extérieur, le nom de la ville où
s'est produit l'événement ainsi que son propre nom précéderont
l'article. Les nouvelles, les reportages «maison» traitant de l'actualité
locale ou régionale ne portent habituellement pas d'identification géographique;
seul le nom du journaliste y apparaît, le titre suffisant dans ce cas
à identifier clairement le sujet.
Plusieurs modes de traitement s'offrent aux rédacteurs de
nouvelles: soit que le journaliste la rapporte intégralement et «objectivement
», soit qu'en plus de la rapporter il l'analyse et l'explique, soit qu'il
l'interprète et la commente. Il peut, bien sûr, poursuivre en même
temps plusieurs de ces objectifs, comme c'est le cas dans le grand reportage
ou la chronique spécialisée.
La répartition et la description qui suivent sont basées
sur l'un ou l'autre des objectifs que peut poursuivre un journaliste dans le
traitement de linformation.
4. L'information rapportée
La nouvelle
L'article de nouvelle vise à informer le plus précisément
possible et de façon simple et concise le lecteur sur un fait nouveau,
sur un événement d'actualité. En principe, l'objectivité
et l'impersonnalité caractérisent en propre ce genre de texte:
aussi peut-on lire dans différents journaux plusieurs articles traitant
du même sujet et ne déceler entre eux que peu de dissemblances.
C'est que le journaliste n'y met pas sa touche personnelle: seuls les faits
comptent ici. Il tentera donc d'en dire le plus possible dans le minimum d'espace,
tout en maintenant l'intérêt du lecteur.
La nouvelle est conçue pour qu'un lecteur pressé mais
désirant être bien informé nait pas à la lire
au complet: les faits y sont exposés par ordre d'importance décroissant,
c'est-à-dire en allant du plus important au moins important. Le titre
situe clairement le sujet, et le premier paragraphe, appelé «préambule
», « chapeau » ou lead, résume l'essentiel de l'événement.
Règle générale, les journalistes, pour autant que cela
soit possible, répondent aux questions fondamentales (qui, quoi, quand,
où, comment, pourquoi) dans le préambule; mais il peut arriver
que le comment et le pourquoi trouvent leurs réponses dans les paragraphes
suivants.
On peut représenter la structure habituelle d'un article
de nouvelle par une pyramide renversée, comme on peut le voir à
la figure 5.3.
Pour varier, le journaliste pourra commencer son article par une
citation, un axiome ou une question; il pourra même lui donner un ton
humoristique ou sarcastique. Mais, quelles que soient les variations auxquelles
il soumet la nouvelle, la règle de base demeure identique: informer objectivement
et rapidement les lecteurs sur un fait nouveau, les mettre directement en contact
avec l'événement rapporté.
Le reportage
On parle de reportage chaque fois qu'un journaliste rapporte ce
qu'il a vu, lu ou entendu. Après s'être rendu sur place, avoir
observé la situation, pris des notes, posé des questions, essayé
d'en savoir le plus possible sur tous les aspects de la situation, il relate
ce qu'il a vu et entendu, en se gardant bien cependant de commenter ou d'interpréter
les faits.
Ce qui différencie le reportage de la nouvelle, c'est d'abord
l'aspect personnalisé du récit, sa structure même ainsi
que le type d'événement qui en fait l'objet. En effet, un reportage
n'est pas nécessairement lié à l'actualité immédiate,
à un fait nouveau: il peut relater un voyage, rendre compte d'un événement
sportif, d'une manifestation politique, faire le point sur une découverte
scientifique, etc. De plus, le contact du lecteur avec l'événement
ou la situation décrite est indirect: il le vit comme le journaliste
l'a vécu. En outre, le reportage est structuré comme un court
récit (avec introduction ou préambule, développement et
conclusion): il est plus complet, plus détaillé qu'une nouvelle
et porte la touche personnelle de son auteur. Le contenu et la forme du préambule,
par exemple (rappel des faits, point culminant, contraste, analogie,...), varie
davantage que dans l'article de nouvelle, le rédacteur n'ayant pas à
fournir dès le départ les informations essentielles. Comme dans
tout récit, le reportage présente les faits selon un ordre chronologique
et de façon logique et cohérente, en étant attentif à
nourrir sans cesse l'intérêt et les émotions du lecteur.
La forme de la conclusion variera elle aussi en fonction du sujet traité,
de l'objectif du reportage et du style du journaliste.
Le compte rendu
Bien qu'il puisse être considéré comme une forme
de reportage, le compte rendu désigne habituellement un court rapport
dans lequel on résume le déroulement d'une réunion, d'une
séance d'information, d'un congrès, d'une assemblée ou
d'une manifestation. Il est purement factuel, et fait vivre l'événement
à distance plutôt qu'à proximité, comme sait le faire
le reportage. C'est ce qui explique sans doute qu'il ait de moins en moins la
faveur du public et, par conséquent, des professionnels de l'information.
L'interview
L'interview est une sorte de reportage où, à travers
un entretien, le journaliste tente de nous faire connaître l'opinion,
les idées ou l'expérience d'un personnage connu, en rapport ou
non avec un fait d'actualité. Le rôle du journaliste dans ce cas
est secondaire: il agit essentiellement à titre d'intermédiaire
pour permettre au lecteur de prendre directement connaissance des déclarations
de personnalités de tous les secteurs d'activité ou pour lui faire
partager sa vie, ses expériences, ses réussites, ses échecs.
La fidélité est, cela va sans dire, le trait premier d'une bonne
interview.
Comme pour le reportage, le style personnel du journaliste détermine
la forme de l'interview: présentation chronologique qui suit le déroulement
de la conversation; réponses regroupées selon les thèmes
abordés; portrait partiel en début d'article et mentions, au moment
opportun, de certains traits de personnalité, de certaines étapes
de la carrière de l'interviewé, etc. On retrouve surtout les interviews
souvent combinées à un autre genre journalistique
dans les pages artistiques et sportives des journaux.
5. L'information expliquée
L'analyse
Dans le langage journalistique, l'analyse est l'étude en
profondeur d'un fait d'actualité, d'un événement, d'une
situation afin d'en faciliter la compréhension. Le journaliste ne se
contente pas dans ce cas de rapporter les faits: il les replace dans leur contexte,
les met en relation avec d'autres événements passés, fait
ressortir les constantes ou les contradictions entre elles, pour en arriver
finalement à une ou à plusieurs conclusions. Il pose des questions,
scrute le passé, le présent et l'avenir, essaie d'éclairer
les données d'un problème, de susciter la réflexion.
L'article d'analyse, ou article de fond, occupe une place importante
dans l'espace rédactionnel des journaux: des pages entières peuvent
y être consacrées; très souvent même on le mettra
en évidence par un titre distinctif(« Dossier », «Pleins
feux...»). Sa forme varie en fonction du sujet abordé et du style
de son auteur. La préparation en est parfois longue et laborieuse: le
journaliste doit en effet effectuer des recherches approfondies, se documenter
solidement s'il veut bien connaître son sujet, le posséder à
fond. Pour résumer, l'analyse consiste en un exposé où
le journaliste décortique un événement ou une situation
et l'explique de la façon la plus logique, la plus objective, la plus
rigoureuse qui soit.
L'enquête
Une enquête est l'étude approfondie d'un problème
social, économique, politique ou culturel dont les répercussions
sont importantes pour le public en général; s'ils ne doivent pas
absolument être liés à l'actualité immédiate,
les sujets retenus doivent néanmoins être actuels, c'est-à-dire
potentiellement percutants. Dans certains cas où l'on veut examiner aussi
bien les faits que les opinions, l'enquête peut être combinée
à un sondage.
L'enquête vise essentiellement à faire découvrir
au lecteur quelque chose d'inédit, à lui présenter une
situation sous un angle nouveau, en mettant à sa disposition le plus
d'informations possible. Elle comporte donc des recherches, des reportages,
des interviews, des analyses: avant d'informer le public d'un scandale politique
ou d'une manuvre économique, le journaliste doit en effet être
sûr d'en avoir vérifié tous les éléments.
L'enquête est généralement constituée
d'une série d'articles dont l'étendue et le rythme de publication
varient selon le sujet traité et le travail du journaliste qui les rédige;
dans l'ensemble, toutefois, ils paraissent à intervalles assez rapprochés
afin de maintenir l'intérêt des lecteurs.
La chronique spécialisée
La chronique spécialisée est un article périodique
par lequel sont transmises au grand public des informations sur un sujet déterminé:
éducation, politique, justice, économie, mode, consommation, alimentation,
voyages, santé, loisirs, jardinage, bricolage, décoration, automobile...
Par le biais des chroniques, les médias tentent de vulgariser les connaissances
et les développements techniques liés à des champs particuliers
de savoir, de fournir des informations et des explications ou de pratique, sur
des problèmes de vie quotidienne ou encore de stimuler la réflexion
sur des thèmes généraux ou des sujets d'actualité.
Ce qui distingue la chronique des autres genres journalistiques,
c'est le fait qu'elle paraisse à intervalles réguliers et qu'elle
soit produite par un journaliste spécialiste; le lecteur sait aussi qu'il
la retrouvera à chaque fois à un endroit déterminé
du journal. De plus, elle n'est pas nécessairement liée directement
à l'actualité.
La forme et le style de la chronique spécialisée varient
beaucoup selon la personnalité de l'auteur, le mode d'expression qu'il
privilégie et la nature même du sujet traité. Optant pour
la formule du courrier, un chroniqueur choisira de communiquer à ses
lecteurs des informations ou des explications par le biais d'analyses de cas
qui lui auront été soumises; un autre les mettra régulièrement
au courant des nouvelles les plus récentes liées à son
champ de spécialisation; d'autres enfin opteront pour le court récit
ou le reportage, auquel seront intégrés des éléments
d'explication, ou encore pour l'analyse d'événements ou de situations
rattachés à un domaine précis de l'actualité.
Le grand reportage
Le grand reportage se situe à mi-chemin entre «l'information
rapportée» et «l'information expliquée». Article
de longue étendue, il allie les éléments du reportage d'envergure
à ceux de l'analyse ou de l'enquête approfondie. Tout comme le
reportage de moindres dimensions, le grand reportage est d'abord un récit
où le journaliste-reporter présente les événements
tels qu'il les a perçus et vécus. Le fait qu'il soit jugé
important ou potentiellement intéressant pour le public en général
justifie tous les préparatifs et l'organisation méthodique nécessaires
à sa mise en uvre; il peut s'étendre en effet sur une longue
période de temps, nécessiter de nombreux déplacements,
des séjours de longue durée, des interviews, des recherches élaborées,
une documentation exhaustive.
Le grand reportage exige un sens aigu de l'observation, un esprit
critique très développé et une bonne dose aussi d'esprit
d'aventure. Il ne se contente pas d'exploiter les faits existants mais de créer
l'actualité à partir d'éléments latents. Les sujets
traités varient en fonction des goûts et des besoins du public
ainsi que des points chauds de l'actualité: les murs d'un peuple
étranger, une expédition scientifique, un changement social majeur,
l'émergence de nouvelles valeurs et de nouveaux modes de vie, voilà
autant de thèmes qui peuvent être le point de départ d'un
grand reportage. Ce genre journalistique est prisé surtout des magazines
et des périodiques spécialisés; les journaux en publient
aussi occasionnellement.
6. L'information commentée
La page éditoriale d'un journal est presque exclusivement
composée de textes qui ont pour but de commenter l'actualité:
éditorial, commentaire, bloc-notes, billet et caricature. Le lecteur
est conscient, dès le moment qu'il entame la lecture de cette page, que
l'information qui y est véhiculée est tout à fait subjective:
le signataire de l'article y émet en effet une opinion personnelle qui
peut orienter la pensée du lecteur.
Les pages éditoriales des journaux québécois
ne sont toutefois pas toutes identiques: leur contenu et leur facture, de même
que le nombre d'éditoriaux quotidiens, sont déterminés
par l'équipe qui en est responsable, conjointement avec la direction
du journal.
La chronique d'opinion et la critique, deux genres journalistiques
qui appartiennent, eux aussi, à la catégorie de «l'information
commentée», se retrouvent, quant à elles, dans d'autres
sections du journal.
L'éditorial et le commentaire
L'éditorial et le commentaire ont de nombreux traits en commun:
ils sont tous deux des articles d'opinion, qui s'appuient sur une solide argumentation
logique tout en n'étant pas impartiaux; centrés sur l'analyse
et l'interprétation d'un ou de plusieurs événements importants
de l'actualité, ils cherchent à en faciliter la compréhension
aux lecteurs et à susciter chez eux une réflexion éclairée,
une prise de position et même des actions concrètes en rapport
avec les faits présentés; il peut arriver aussi qu'ils visent
à convaincre le public d'endosser l'opinion, le choix ou les solutions
de leur auteur.
Ce qui distingue l'éditorial du commentaire, c'est que le
premier est écrit par un membre de l'équipe éditoriale
du journal l'éditorialiste , appuyé par la direction
de l'entreprise, tandis que le commentaire est souvent rédigé
par une personne extérieure à l'entreprise, désireuse d'exposer
publiquement ses positions par rapport à une situation précise,
à un problème donné. L'éditorial peut parfois définir
ou refléter l'orientation de la direction du journal par rapport à
un événement, mais il traduit en général la pensée
d'un individu (néanmoins cautionné par la direction, comme nous
le disions précédemment). L'éditorialiste se fait l'interprète
de données brutes auxquelles il tente de donner une signification: son
rôle et son impact sociaux sont donc très importants.
On reconnaît généralement un bon éditorialiste
à la sûreté de son jugement, à la rigueur intellectuelle
de ses analyses, à la structure logique de son raisonnement et à
la solidité de son argumentation; il saura aussi toujours appuyer ses
dires sur des sources sûres. Le style de l'éditorial dépend
évidemment du sujet abordé ainsi que de la plume de son auteur:
on s'attend néanmoins habituellement à ce qu'il soit clair, précis,
simple, vivant et personnel. Il est composé d'une brève introduction
qui rappelle les faits et énonce le principe de base de l'argumentation
à venir, d'un développement où l'éditorialiste met
en corrélation les faits, les événements, qui justifient
ses inquiétudes et ses critiques ou, s'il y a lieu, l'opinion qu'il défend,
et finalement d'une conclusion qui synthétise les points forts de son
argumentation ou entame une ouverture sur un nouveau problème, à
moins qu'elle se résume à une phrase unique fortement évocatrice
ou combative.
La critique
La critique est une forme de commentaire réservée
au domaine des arts et de la culture: on la retrouve donc dans la section des
journaux quotidiens qui leur est réservée. Les domaines les plus
souvent traités sont le théâtre, le cinéma, la musique
et la littérature; il arrive qu'un critique soit responsable de la couverture
de plus d'un secteur à l'intérieur d'un média, les entreprises
de presse ne pouvant se permettre dans la majorité des cas de retenir
les services d'un critique pour chaque domaine de la vie culturelle et artistique.
La critique est à la fois un reportage, puisque le journaliste
y raconte ce qu'il a vu, lu ou entendu, et une analyse car il en examine aussi
avec soin les composantes; elle constitue une évaluation subjective,
sa «lecture», de l'événement étant essentiellement
basée sur ses connaissances techniques et son jugement personnel. Le
critique joue un rôle très important dans le milieu artistique
d'une ville ou d'une région, car c'est en grande partie ses jugements
qui déterminent l'évaluation que le public fait dans un
premier temps, du moins des oeuvres et des artistes.
Le bloc-notes
Le bloc-notes se rapproche de l'éditorial par sa fonction,
sa structure et son style, quoique les exigences de rigueur et d'objectivité
de même que les répercussions qu'il peut entraîner soient
dans ce cas de moindre importance. Il est généralement rédigé
par un journaliste de l'équipe. Les blocs-notes sont peu fréquents
dans les journaux québécois.
Le billet
Court texte d'opinion, souvent encadré et composé
en caractères italiques, le billet présente de façon humoristique
et souvent même sarcastique un événement d'actualité,
une idée nouvelle, un sujet d'intérêt humain pouvant attirer
l'attention du lecteur, captiver son esprit et stimuler son imagination. L'auteur
y communique ses impressions ou réactions face à un événement
ou fait part au lecteur d'une expérience personnelle.
La caricature
La caricature est la présentation graphique d'un événement
d'actualité ou d'une situation controversée, tels que perçus
par un membre de l'équipe éditoriale d'un journal; bien qu'elle
ne soit pas un texte écrit, nous l'avons classée dans la catégorie
de « l'information commentée », car elle comporte habituellement
un message verbal reflétant une pensée bien articulée.
Elle équivaut en quelque sorte à un éditorial, à
un commentaire et même à une analyse en raccourci.
La caricature de la page éditoriale possède généralement
beaucoup de mordant: on ne peut la comparer à la bande dessinée,
qui se veut le miroir de nos petits travers ou de nos problèmes, car
se posant en juge ou en interprète de l'actualité, elle est beaucoup
plus dérangeante et provocatrice. En plus d'être un habile dessinateur,
le caricaturiste doit avoir un bon sens de l'humour et être capable de
faire parler les gens et les objets de façon à bien faire passer
son message.
La chronique d'opinion
La chronique d'opinion, enfin, est un article personnel qui reflète
l'opinion d'un journaliste spécialisé dans un secteur de l'information.
Comme la chronique spécialisée, elle apparaît périodiquement
au même endroit du journal et est toujours rattachée à un
journaliste en particulier. La fonction première du chroniqueur est d'interpréter
et de commenter les faits, les événements, les situations et les
phénomènes nouveaux de la vie contemporaine. Certaines chroniques
sont écrites en fonction de l'actualité immédiate, d'autres
n'y sont pas aussi directement reliées. La chronique d'opinion n'a pas
un caractère incitatif; elle se contente de rapporter certains faits
et d'exprimer comment on peut les vivre, les comprendre, les analyser, les juger.
De facture variable, la chronique d'opinion est un genre pratiqué dans
tous les secteurs de l'information mais plus particulièrement dans ceux
de la politique (municipale, provinciale, nationale), des sports et de la vie
sociale.
Source : RABOY, Marc (1992) Les médias québécois :presse,
radio, télévision, câblodistribution, p. 174 à 189. Total de 280 pages.
Notes :
(1) Cette section est
une adaptation du Journal en classe, 4e partie : « Les particularités
des journaux quotidiens. Section B. Le journal comme ‘contenu’ »,
p. 4-16.
(2) J. de Bonville,
Le journaliste et sa documentation. Québec, EDI-Gric, Université Laval, 1977